dimanche 29 avril 2012

"Cadavre exquis" de Pénélope Bagieu



Résumé : Zoé gâche sa vie entre son travail d'hôtesse d'accueil qui la déprime, un copain limite bidochon et un manque certain de curiosité. Un jour qu'elle fait sa pause déjeuner sur un banc, elle aperçoit à la fenêtre d'un immeuble une silhouette et se précipite sur l'interphone pour demander si elle peut utiliser les toilettes. Le propriétaire lui ouvre. Il s'agit en fait du célèbre écrivain Thomas Rocher, qui vit complètement reclu chez lui. Oui mais voilà... Zoé n'a absolument aucune idée de qui est ce Monsieur Rocher... L'écrivain, piqué au vif, lui demande de revenir une autre fois. La jeune fille, un peu perdue, accepte. Une relation se noue entre les deux, mais les rôles ne sont peut-être pas ce qu'ils semblent au premier abord.

Avis : Je suis avec grand plaisir le blog de Pénélope Bagieu, j'aime énormément la collection de bandes dessinées Bayou (dirigée par Joann Sfar), du coup je ne pouvais pas manquer la rencontre des deux. Sortie en 2010, cette BD nous plonge dans le milieu de l'édition et des intellectuels parisiens. Thomas Rocher, avec l'aide de son ex-femme et néanmoins éditrice, a orchestré sa mort afin de doper les ventes de ses livres. On sait tous que dans les semaines qui suivent le décès d'un artiste, sa cote décolle comme jamais... Très sûr de sa popularité et de sa notoriété, il ne comprend pas que Zoé, qui n'est pas spécialement une grande intellectuelle, ignore tout de lui. Du coup, cette jeune femme le fascine. Comme elle-même est fascinée par cet homme qui vit comme un hermite avec son chat et qui l'initie à la lecture.
Il ne s'agit pas du tout d'une bande dessinée à l'eau de rose, le titre le laisse déjà supposer. Avec le jeu des cadavres exquis, on ne sait jamais ce qu'on obtiendra à la fin. Ariane, l'éditrice, est un cheveux dans la soupe de Zoé. Mais la relation entre les deux femmes va évoluer, au point de redéfinir qui a l'ascendant sur qui au sein de ce trio. La morale de l'histoire : on est tous l'idiot de quelqu'un et un peu de modestie permet de ne pas l'oublier.
Les planches sont très claires, chaque bulle est bien délimitée. On retrouve bien évidemment la griffe de Pénélope que j'affectionne particulièrement. Les couleurs sont plutôt neutres, dans des camaieux de gris, de bleu, de rose, de beige. Pas de couleur criarde à l'horizon.




Je possède deux autres bandes dessinées de Pénélope Bagieu. Je vous recommande particulièrement "Ma vie est tout à fait fascinante", sur le même principe que les billets de son blog. J'ai dû l'offrir à toutes mes copines !! Point non négligeable, que ce soit "Joséphine" ou "Ma vie est tout à fait fascinante", les deux sont sorties aux éditions Le Livre de Poche. Ok, on sort du format standard pour une bande dessinée mais le porte-monnaie dit merci !

Gallimard, collection Bayou, 124p., 2010.

dimanche 15 avril 2012

"The Hobbit" de J.R.R. Tolkien


Résumé : Bilbo Baggins, comme tous les hobbits, mène une existence paisible dans son "trou", sorte de maison troglodyte. Ses jours passent tranquillement, entre ses multiples repas journaliers et les moments où il fume sa pipe sur son banc. Cet équilibre va être chamboulé quand le magicien Gandalf frappe à sa porte et lui propose de partir avec lui à l'aventure. Oh, rien de bien méchant... Il suffit juste de traverser la moitié du continent accompagné de 12 nains pour récupérer un trésor gardé par un dragon. Pour Bilbo, il n'en est pas question. Mais la vie réserve bien des surprises et le voilà embarqué bien malgré lui dans l'expédition.

Avis : J'ai relu ce livre en apprenant que Peter Jackson allait l'adapter pour décembre 2012, histoire de repérer les changements opérés par le réalisateur. Je l'avais lu il y a fort longtemps, sur les conseils avisés de ma mère. Le livre en lui-même m'avait beaucoup plu et j'avoue que 20 ans après, et cette fois dans la langue de Shakespeare, j'ai redécouvert toute l'histoire. Je ne me souvenais effectivement de rien !!
Il s'agit bien évidemment d'un classique, d'un incontournable de la fantasy. Publié en 1937, c'est le 1er roman de Tolkien qui situe l'action dans la Terre du Milieu. Il s'agit avant tout d'un conte pour enfant (d'après moi) et on est très loin de l'univers beaucoup plus sombre, fouillé et "martial" de son autre oeuvre majeure, Le Seigneur des Anneaux. Les interpellations du lecteur sont nombreuses et parsèment le texte : "Now we will return to Bilbo and the dwarves", "Now if you wish, like the dwarves, to hear news of Smaug, you must go back again to the evening...", etc.
L'histoire peut être découpée en plusieurs mini-aventures : la rencontre avec les goblins, la halte à Rivendell, la traversée des Misty Mountains et la découverte de l'anneau, la halte chez Beorn, la traversée de la forêt de Mirkwood, la capture par les elfes et l'évasion, l'entrée dans la Lonely Mountain (désolée, du coup je n'ai pas les termes français).



L'évolution des personnages est vraiment intéressante, notamment celle de Bilbo. De Hobbit pantouflard, il devient un intrépide compagnon de route, même si son estomac parle toujours en premier.
On découvre également un certain nombre d'éléments et de personnages qui se refont leur apparition dans Le Seigneur des Anneaux : Gandalf, bien sûr, mais aussi Elrond, Gollum, le Necromancer (Sauron), l'anneau, la dague Sting, etc. D'ailleurs Gandlaf disparaît pendant une bonne moitié de l'aventure, parti faire on ne sait quoi... On ne l'apprend que rapidement à la fin et je crois que Peter Jackson compte nous raconter ça plus en détail dans le film, si je m'en tiens à la bande annonce....
La seule chose qui m'a étonnée à la relecture, c'est que le pouvoir maléfique de l'anneau n'est pas du tout évoqué. Bilbo le met et l'enlève au gré de ses besoins sans que cela n'ait l'air d'influencer sa personnalité.
Une lecture pour moi indispensable à tous les fans de fantasy, qui nous plonge dans l'univers de la Terre du Milieu et nous fait vivre des aventures toutes plus trépidantes les unes que les autres.
Pour terminer, un lien vers la bande-annonce officielle. Vous reconnaîtrez Martin Freeman dans le rôle titre, qui incarne actuellement le Docteur Watson dans la très bonne adaptation de la BBC de Sherlock Holmes...


(La chanson et la musique me donnent la chair de poule !).

Un peu à retardement, j'inscris cette lecture dans le cadre du challenge d'Aymeline "Les mondes imaginaires". Le principe est simple : lire des livres dont l'histoire ne se situe sur aucune carte ! Parfait pour la Terre du Milieu donc. Après avoir fouillé ma PAL, j'ai trouvé 3 romans qui rentrent parfaitement dans le thème, en plus de celui-ci donc. Je me suis donc inscrite dans la catégorie Atlantide (entre 1 et  4 billets), quitte à passer dans la catégorie supérieure au besoin. Pour plus de détails (et pour vous inscrire !), allez faire un détour par le blog d'Aymeline.




Harper Collins, 271 p., 1996.

lundi 9 avril 2012

"North and South", mini série from the UK


Résumé : D'après le roman éponyme d'Elizabeth Gaskell. Margaret Hale coule des jours heureux avec ses parents dans la campagne du sud de l'Angleterre. Mais son père, pasteur de profession, prend la décision de démissionner de son poste et entraîne sa famille avec lui à Milton, ville industrielle du nord du pays. L'acclimatation est très difficile pour Margaret. Tous lui paraît laid, sinistre et bruyant et elle éprouve des difficultés à se faire un nouveau réseau de connaissances. Son père, qui désormais donne des cours, a comme élève John Thornton, propriétaire d'une filature de coton. Margaret le déteste instantanément car il représente pour elle tout ce qu'elle rejette du Nord. La jeune femme s'intéresse de plus en plus aux conditions de travail des ouvriers, qui doivent se battre contre la pauvreté et la maladie. Alors qu'elle prend fait et cause pour ces travailleurs et que la révolte sociale gronde, elle doit faire face au trouble que provoque malgré tout chez elle l'arrogant Mr Thornton.

Avis : Je n'ai pas (encore) lu le roman sur lequel est basée cette série donc je ne peux pas dire si elle est fidèle ou pas. Cependant, après quelques recherches sur le net, il semblerait que les scénaristes aient pris le parti de se concentrer sur l'histoire d'amour entre Margaret et John. Vu les hordes de fans que John Thornton / Richard Armitage a créé (c.f. les inombrables sites dédiés à sa personne), je pense qu'ils ont eu raison. Visiblement, l'engouement a été aussi fort que celui déclenché par la performance de Colin Firth en Mr Dââââcy. Au-delà de toute considération esthétique sur l'acteur (je vous laisse pour ça fureter sur le net), Richard Armitage incarne à la perfection le personnage de John Thornton. Torturé mais fier, homme d'affaire mais profondément humain, il est en conflit permanent entre sa vision capitaliste du métier et sa morale. Bien évidemment, Margaret Hale va être le grain de sable dans son rouage, le forçant à se remettre en question. Les deux acteurs interagissent très bien ensemble.
Les seconds rôles sont aussi très bien interprétés. Mention spéciale à Leslie Manville qui interprète un Nicholas Higgins extrêment convaincant et qu'on retrouve dans Downton Abbey. Pour une fois, les tenues n'ont pas l'air de sortir de chez la costumière, c'est-à-dire qu'on a vraiment l'impression qu'elles ont été portées à de nombreuses reprises. Les bas des robes traînent dans la boue et rien ne sent le neuf (en tout cas chez les ouvriers !). Je trouve que c'et le genre de détails qui rend un film crédible.
La ville de Milton joue aussi un rôle centrale dans l'histoire, avec ses rues mal éclairées, ses façades noires de suie et la fumée omniprésente. On a l'impression que le soleil ne pénètre jamais nulle part. Par opposition, les scènes qui se déroulent dans le Sud sont baignées de lumière.
La condition de vie des ouvriers est bien décrite, avec les longues heures de travail, les bouches à nourrir, les salaires de misère, la maladie, les habitations insalubres... en contraste avec le train de vie des patrons, tirés à 4 épingles et bien nourris. La difficulté d'adaptation est évidente pour Margaret, mais plus encore pour sa mère. Margaret finit par trouver ses marques (Mr Thornton n'y est pas pour rien...) et se lier d'amitié avec une famille d'ouvrier. L'histoire d'amour n'est pas un long fleuve tranquille, ces deux là ne partent pas gagnants !
Il s'agit pour moi d'un coup de coeur, à la fois parce qu'on est dans une fable sociale et parce que l'histoire d'amour n'étouffe pas tout. Je laisse passer quelques temps avant de me plonger dans le roman.
Je possède la version anglaise du DVD et je ne peux que vous la recommander. L'anglais est un vrai régal pour les oreilles et la voix de notre ami John ne gache rien du tout. La série se divise en 4 épisodes de 50 min chacun.

BBC Worldwide, 2005. Disponible en édition française.

lundi 2 avril 2012

"Matched" d'Ally Condie


Résumé : Cassia a 17 ans et se rend à son "matching banquet", la cérémonie au court de laquelle la Société va lui affecter un conjoint, en fonction de leurs données respectives. Le hasard la lie à son meilleur ami, Xander. Ce choix les ravit tous les deux car la probabilité d'être affecté à quelqu'un de sa connaissance est quasi nul, d'autant plus que tous les deux se connaissent par coeur et sont plus qu'amis. Mais lorsque le lendemain, Cassia décide de regarder les informations concernant Xander sur la micro-puce qui lui a été remise lors du banquet, un autre visage apparaît puis diparaît. C'est celui de Ky, un adolescent un peu en retrait habitant leur quartier. Cassie ne s'était jamais vraiment intéressé à lui. Petit à petit, cette erreur quasi impossible dans une société aussi organisée va lui ouvrir les yeux sur tout le système. Pourquoi certains ne sont pas pas choisis pour être en couple ? Pourquoi les personnes âgées doivent-elles tous mourir à 80 ans ? Pourquoi n'a -t-on le droit de lire que 100 poèmes ? Et surtout, pourquoi n'a-t-on pas le droit de décider qui aimer ? La jeune fille, qui jusqu'alors menait son existence sans rien remettre en cause de la société dans laquelle elle vivait, va doucement mais sûrement essayer de reprendre son destin en main.

Avis : J'ai acheté ce livre il y a un moment avant de me décider à l'ouvrir (j'avais lu pas mal de critiques négatives sur la blogosphère), mais je ne regrette pas d'avoir enfin décidé de m'y intéresser. Il s'agit d'une lecture très agréable, très fluide, qui nous plonge comme toute dystopie dans un univers totalitaire. La société en elle-même est plutôt bien pensée. La culture se limite à 100 poèmes, 100 films et 100 chansons, les loisirs sont quasi inexistants ou tout du moins réduits à leur portion congrue. Les gens sont analysés et classés en différentes catégories qui leur permettront d'accéder à des emplois différents. Les repas sont portionnés et servis à domicile, l'école n'apprend pas à écrire mais à dactylographier. Et surtout, la Société se charge de vous trouver un conjoint le plus pertinent possile pour assurer la pérénité de votre couple. L'auteur décrit tout cela de façon très cohérente, avec certes des emprunts à de grands classiques de la dystopie, notamment "1984" et ses écrans dans chaque maison.
Beaucoup des critiques négatives que j'ai lues viennent du fait que les lecteurs avaient du mal à s'identifier à Cassie qu'ils jugeaient "cruche" pour ne pas réagir plus que ça. Mais c'est bien là tout le principe de la dystopie ! Les personnages sont conditionnés depuis leur plus jeune âge, pour eux cette façon de penser est normale. Je ne vois pas ce qui aurait poussé Cassie à réagir plus tôt. Au contraire, les changements dans son comportement sont très bien amenés puisqu'on voit que tout provient d'une erreur administrative.
La relation entre Cassie et Ky évolue lentement, ce qui est plutôt crédible et elle est décrite avec beaucoup de retenue, on n'est pas du tout dans la romance pour ado. Par contre, le triangle amoureux est à la mode en ce moment....
En résumé, une lecture très agréable, avec un univers dystopique très bien construit et une héroïne qui gagne en maturité au fil des pages.
Le tome 2, "Crossed" est sorti en novembre 2011 et le tome 3, "Reached", est prévu pour novembre 2012.

J'inscris cette lecture dans ma participation au challenge dystopique de Prune.


Speak, 366 p., 2010. Traduit en français aux éditions Gallimard jeunesse sous le titre "Promise".