lundi 17 septembre 2012

"Un heureux évènement" d'Eliette Abécassis



Résumé : "Désormais ma vie ne m'appartenait plus. Je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. Désormais, j'étais mère". Barbara et Nicolas s'aiment et profitent de leur vie de couple un peu bohème. Ils font la fête, sortent beaucoup, fument, boivent, rencontrent des gens, font des voyages inoubliables à l'autre bout du monde. Un jour, ils décident de faire un enfant. Mais cette chose somme toute banale et universelle va prendre pour Barbara une tournure qu'elle ne soupçonnait pas.
Avis : Je n'avais pas eu envie d'aller voir le film au moment de sa sortie en salle en début d'année pour la simple et bonne raison qu'il avait l'air tout à fait sinistre. Mais j'avais envie de lire quelque chose d'Eliette Abécassis et ce texte court m'a semblé être un bon début.
Il s'agit d'un roman très autobiographique. Même si c'est Barbara qui se raconte, on se doute bien que c'est l'auteur qui nous parle de son expérience. La proximité avec la jeune femme est très grande puisqu'il s'agit d'un roman écrit à la première personne. 
Premier constat : Barbara fait une expérience douloureuse et catastrophique de la maternité à chaque étape. Dès la grossesse, elle ne se reconnaît plus et déteste le regard détaché que les hommes portent désormais sur elle. Puis ensuite l'accouchement, où le personnel médical qui l'entoure n'est pas compatissant et où son conjoint ne fait pas preuve d'un grand courage. Enfin le retour à la maison, avec sa fille qu'elle n'est même pas sûr d'aimer, car peut-on aimer une inconnue ?
Le texte est très sombre, on est vraiment happé par le baby blues de cette jeune mère, complètement dépassée, mais aussi complètement isolée. Pour elle, la maternité renvoie à la part animale de la femme, comme la lionne qui allaite ses petits. Eliette Abecassis étant philosophe de formation, des références ponctuent l'ouvrage.
Le père n'a pas une place facile dans ce texte. Il a voulu un enfant mais est déboussolé quand il arrive. Il est aussi très absent pour son travail, puisqu'il doit gagner plus d'argent pour payer le loyer de l'appartement plus grand. On voit le couple se dégrader petit à petit. Barbara s'interroge : un couple avec un enfant peut-il durer ? Y a-t-il toujours de l'amour ?
Est-ce que je recommanderai cette lecture à une femme enceinte ou voulant faire un enfant ? Je dirais non. Chaque expérience est unique et ça ne sert à rien de se "gâcher" la sienne avant de commencer.
Mais en même temps, Eliette Abecassis décrit sans tabou son expérience de la dépression post-natale et de la spirale infernale que cela peut être. Elle met les pieds dans le plat de ce qui reste une idée préconçue très ancrée dans les esprits : il n'y a pas de plus belle expérience que celle de la maternité, être mère est un aboutissement et un but en soi.
Il y a tout de même une lumière d'espoir (!), dans la mesure où on sent bien que Barbara aime sa fille. A aucun moment, même exténuée, elle ne parle de la rejeter. Son rendez-vous avec un spécialiste du sommeil des enfants la remettra d'ailleurs à sa place : le médecin lui fera comprendre qu'elle doit donner de l'air à sa fille. 
On s'interroge aussi sur le fameux instinct maternel : existe-t-il vraiment ou s'agit-il d'une pure invention ? Elizabeth Badinter, citée à un moment du roman, le dit très bien : on ne naît pas mère, on le devient.
Un texte donc plutôt dépressif mais sans détour et honnête, qui fait réfléchir sur la place de la femme et de la mère dans le couple, dans la vie sociale et professionnelle. Heureusement, il s'agit d'UNE expérience de la maternité et d'autres s'en sortent plutôt bien !

Le Livre de Poche, 152 p., 2011.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire