lundi 31 décembre 2012

"Cosmopolis" de Don DeLillo



Résumé : New-York, 2000. Eric Packer, golden boy de Wall Street se rend chez son coiffeur. Dans sa limousine se succèdent ses collègues qui le somment d'arrêter de parier sur la chute du yen. Pendant que la voiture est coincée dans un gigantesque embouteillage, Packer réfléchit à ce qui fait sa vie et l'univers qui l'entoure, brisant petit à petit tous les codes qui ont jusque là dirigé son existence bien ordonnée. Dans 24h, sa vie ne sera plus jamais la même. Ou bien ne sera plus.

Avis : La bande-annonce du film m'avait intriguée au moment de sa sortie mais je n'avais absolument aucune envie d'aller le voir (because Robert Pattinson). J'étais cependant curieuse de lire l'oeuvre originale que je pensais être... originale. Et c'est le cas !
Finalement, j'ai un avis plus que mitigé sur le roman de DeLillo, notamment parce que je ne suis pas rentrée dans le style d'écriture. Je ne pense pas que cela vienne de la traduction, mais vraiment de la façon d'écrire le texte. Il y a certains auteurs comme ça, on adhère ou on n'adhère pas. Je pense par exemple à Bret Easton Ellis.
Les phrases sont soit très courtes, soit très longues, des paragraphes et des dialogues entiers sont parfois très obscurs, avec des réflexions métaphysiques. Je me demande sincèrement ce que l'adaptation cinématographique peut donner dans la mesure où la plupart du texte se situe dans la tête d'Eric Packer, avec ses interrogations et ses doutes. C'est un roman que je qualifierais de froid et d'aseptisé, Eric étant un personnage qui réfléchit beaucoup, un cérébral, qui ne déborde pas d'humanité. Il s'interroge sur des personnes qu'il croise mais cela n'entraîne pas de sentiments de sa part. Il les analyse comme il analyse la bourse et les marchés financiers.
L'histoire en elle-même n'est pas inintéressante : Eric décide qu'il veut une coupe de cheveux et demande donc à son chauffeur de le conduire dans un salon qu'il fréquente. La circulation ce jour-là est compliquée puisqu'une série d'incidents bloque les voitures (visite présidentielle, car en panne et manifestation anti-capitaliste, tournage d'un film). Une bonne partie du roman se déroule donc dans la limousine, où se succèdent les collègues d'Eric. Il y a une scène particulièrement hallucinante où le jeune loup de la finance reçoit la visite d'un médecin qui lui fait un touché rectal pendant qu'il discute l'air de rien avec sa directrice financière... Vous avez là à peu près l'essence du roman. 
Les autres personnages ne sont que des satellites qui nous aident à mieux comprendre la personnalité du "trader" et de voir dans quel univers il évolue. Il croise à plusieurs reprises sa jeune épouse et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne se connaissent pas franchement :
"Tes yeux sont bleus", dit-elle. [...]
"Déjà pris ton petit-déjeuner ?
- Non, dit-elle.
- Tant mieux, J'ai faim de quelque chose d'épais et de mou.
- Tu ne m'avais jamais dit que tu avais les yeux bleus."
Tout le long du roman, une menace plane sur Eric. On comprend relativement vite ce que cela sous-entend mais le lecteur doit attendre le dernier paragraphe pour voir la boucle se boucler. Je vois cette histoire comme une série de tableaux, sans vraiment de lien les uns avec les autres mais avec pour fil conducteur, Eric et sa voiture.
En cette période de crise, nous mettons un doigt dans les arcanes du capitalisme, Eric ne cessant d'acheter des yens malgré les mises en garde de ses collègues. La voiture est même coincée à un moment dans une manifestation anti-capitaliste / alter-mondialiste. On ne s'interroge cependant pas sur le pourquoi du comment, il ne s'agit en rien d'un livre moral.
Si vous aimez les écritures compliquées, ce livre est fait pour vous ! En ce qui me concerne, je ne pense pas explorer plus loin l'univers de l'auteur qui a écrit une dizaine d'autres ouvrages.

Actes Sud, 221 p., 2003.

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