dimanche 10 février 2013

"La solitude des nombres premiers" de Paolo Giordano



Résumé : Alice et Mattia ne se connaissent pas. Enfant, chacun va connaître un drame qui va le façonner à jamais et le couper des autres : Alice est infirme suite à un accident de ski et Mattia perd sa soeur jumelle handicapée mentale dans des circonstances dramatiques. Quand ils finissent pas se rencontrer, leur solitude va les rapprocher. Mais peut-on partager son malheur ? Deux êtres solitaires peuvent-ils conjurer le mauvais sort ?
 
Avis : Cela faisait 3 ans que j'avais noté ce roman dans un coin de ma tête. Il a en effet connu un succès phénoménal en Italie (plus de 3 millions d'exemplaires vendus lors de sa sortie) et a même donné lieu à une adaptation cinématographique. C'était suffisant pour attirer mon attention.
Le déroulement de l'histoire se fait en plusieurs parties, chacune à quelques années d'écart. On rencontre Alice et Mattia dans leur enfance, époque où ils ne se connaissent pas et où se joue pour chacun le drame qui va les définir. On les retrouve ensuite au lycée, où ils vont se croiser, puis étudiants et enfin adultes. C'est un procédé plutôt intéressant qui permet de voir les personnages en "instantanés", à plusieurs moments-clés de leur vie.
Mais à la réflexion, ce que le titre m'évoque, c'est plutôt "La solitude du lecteur face à la froideur des protagonistes". En refermant ce livre, je n'arrive toujours pas à comprendre comment il a pu marcher à ce point. Je n'ai pas la prétention de penser qu'un livre que je n'ai pas aimé ne doit pas être un best-seller, mais je ne retrouve pas d'éléments qui pourraient expliquer des ventes records (histoire sortant de l'ordinaire / décor inédit / thème prenant / personnages marquants / actualité / etc.)
Une chape de plomb, de froid et de tristesse s'abat sur le lecteur dès les premières pages, pour le ne plus le quitter. Mais surtout, Alice et Mattia ne sont absolument pas attachants. Rien, RIEN dans leurs personnalités ne donnent envie de s'intéresser à eux, de compatir à leur malheur, d'essayer de comprendre leur gravité et leur solitude. Je n'ai pu me rattacher à rien pour avoir une once d'empathie. Parce que chacun ayant vécu un drame et en est ressorti traumatisé, on devrait éprouver de la compassion, comprendre pourquoi ils mettent autant de distance entre eux et les autres mais j'avoue que je les ai trouvés simplement antipathiques.
Le parti pris de l'auteur est de ne jamais mentionner clairement la maladie mentale dont chacun est atteint (parce qu'à ce niveau, on ne peut que parler de maladie mentale). Alice souffre d'anorexie mais à aucun moment le terme n'est employé. Alors bien sûr, on comprend bien de quoi il retourne mais pourquoi tourner autour du pot ? Pareil pour Mattia qui est complètement dépressif. Cela les aurait certes fait rentrer dans une catégorie mais en même temps, je pense que cela aurait donné au lecteur quelque chose à quoi se raccrocher. 
Ce qui m'a surtout gênée, c'est que l'histoire se déroule sur une quinzaine d'années et qu'il n'y a aucune évolution de leur part à tous les deux, sauf peut-être dans les toutes dernières pages. Et sur 342, ça fait long.
Mattia a l'air de suivre Alice dans ses délires, on ne sait jamais bien pourquoi, surtout qu'il dit bien à chaque fois qu'il n'en retire aucun plaisir. Leur relation est finalement assez déséquilibrée.
J'ai lu certaines critiques enthousiastes qui y voient une métaphore de l'adolescence, période où l'on se cherche et où on est donc seul face à soi-même. Je suis un peu dubitative. On peut également traiter de thèmes graves sans forcément tomber dans le sinistre, ce qui est finalement l'adjectif que je retiens pour ce roman.
Bref, une première déception pour 2013.

Points, 342 p., 2010.

6 commentaires:

  1. J'ai eu à peu près la même lecture que toi ! Impossible de m'attacher aux personnages ou même simplement de compatir (pourtant, il y a de quoi, leur vie sont chaotiques), j'ai eu l'impression de passer complètement à côté et je me sentais bien seule... Cela dit, avec le recul et même si je ne comprends toujours pas un tel succès, je reconnais que ce livre a au moins le mérite de bousculer, de déranger. Je me souviens avoir ressenti longtemps un profond sentiment de malaise après avoir refermé ce livre. Et encore aujourd'hui, quand j'y repense, je le sens en moi, à nouveau. Qu'on soit touché ou non donc, on n'en sort pas indemne. Il remue quelque chose à l'intérieur (quelque chose que personnellement je n'arrive toujours pas à déterminer). Peut-être est-ce tout simplement ça qui a séduit ?

    RépondreSupprimer
  2. Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à m'interroger sur ce succès. Effectivement, en refermant ce livre, j'ai éprouvé un certain soulagement, mais également un certain malaise. Je n'ose imaginer ce que doit donner l'adaptation cinématographique...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sachant que ça fait déjà un bail que je l'ai lu pour ma part et que j'arrive toujours pas à me détacher de ce sentiment de malaise, je vais pas me risquer à m'imposer le film mais il parait qu'il est mieux ! Enfin j'ai eu davantage de retours positifs pour le film que le livre.

      Supprimer
  3. Ahhhhhh! Je l'ai acheté et allais m'y mettre, mais, du coup, je crois que je vais attendre un peu...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis d'accord que deux avis plutôt négatifs ne donnent pas spécialement envie de s'y mettre mais c'est un vrai succès de librairie, ce qui montre bien qu'il y a quand même quelque chose dans ce roman.

      Supprimer