dimanche 24 novembre 2013

"Esprit d'hiver" de Laura Kasischke

 

Résumé : 25 décembre. Holly s'est réveillée tard en ce matin de Noël et doit donc préparer dans l'urgence le traditionnel repas qu'elle partagera avec des amis et la famille de son mari. Ce dernier a dû partir en urgence chercher ses parents à l'aéroport. Holly est donc seule avec sa fille adoptive Tatiana dans cette grande maison peu à peu isolée par la neige. Plus la journée avance et plus le comportement de l'adolescente devient étrange, perturbant et anxiogène pour sa mère. Il devient aussi évident que le blizzard ne permettra à aucun des invités de parvenir jusqu'à elles. Cette journée éprouvante pour Holly l'oblige à se plonger dans ses souvenirs et à faire le point sur sa vie en tant que femme et en tant que mère.

Avis : Il m'a fallu poser ce livre quelques jours avant de pouvoir écrire cette chronique. En effet, une fois la dernière page refermée, l'histoire, les mots, les situations, ont continué de me hanter.
Alternant sans cesse flash-backs de l'adoption de Tatiana en Russie et des moments de son enfance avec la situation présente - le jour de Noël, nous voilà plongés dans la tête d'Holly, poétesse "ratée" qui attend ses invités pour le traditionnel repas annuel.
D'emblée, l'auteur nous indique que nous serons dans un drame, voire même une tragédie grecque. Le roman s'ouvre sur cette phrase : "Quelque chose les avait suivi depuis la Russie jusque chez eux". Phrase qui constituera le refrain du livre puisqu'elle reviendra plusieurs fois dans le texte. Mais quelle est cette chose ? De son propre aveux, Holly admet que des signes avant-coureurs lui ont été envoyés : une bosse grossissant sur la main de son mari, une de leurs poules picorée à mort par les autres et d'autres petites choses encore. Mais la vie n'est-elle pas faite de ces "petits problèmes" ?
Le lecteur ne sait pas dès le départ qu'il est face à un huis-clos. C'est à mesure que la neige tombe à l'extérieur et que le paysage devient d'un blanc uniforme qu'il comprend que tout va se jouer à l'intérieur de cette maison. Personne ne pourra atteindre les deux femmes qui vont s'affronter ce jour de Noël, qui reste LA fête familiale par excellence. Pas de personnage masculin dans ce récit puisqu'Eric, le père, est parti en urgence à l'aéroport pour récupérer ses parents. Il ne sera présent qu'à deux ou trois reprises, via des conversations téléphoniques très brèves qui laisseront d'ailleurs à Holly un goût amer. Eric apparaît en revanche lorsqu'Holly évoque des épisodes de leur passé. Il m'a semblé qu'il était celui qui amenait au couple du concret et qu'il était souvent la voix de la raison. 
Le comportement étrange de Tatiana aurait tendance à rendre Holly d'autant plus sympathique aux yeux du lecteur : qui ne connait pas de couple avec adolescent dans son entourage, prisonnier du comportement changeant voire agressif de son enfant ? On est d'abord du côté d'Holly face à cette adolescente qui apparaît de plus en plus ingrate. Le point culminant étant le moment où elle hurle à sa mère "Tu me m'as même pas acheté de cadeaux de Noël" alors que plus de 2000 $ de paquets l'attendent au pied du sapin. Puis à peu, on comprend qu'Holly en fait trop. Elle qui a connu une enfance dramatique (perte d'êtres proches dans des conditions douloureuses) et une vie de femme difficile (problèmes de santé très graves) a envie de faire de la vie de sa fille un rêve américain. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions et souvent, elle force la main de Tatiana. En projetant sur elle ce qu'elle a vécu dans son enfance, en voulant à tout prix lui rappeler ses origines russes, en se mêlant sans tact et sans pudeur de sa relation avec son petit ami Tommy. A un moment, Tatiana dit à sa mère :  "Je ne suis pas comme toi ! Pourquoi est-ce que je ferais les mêmes erreurs ?". Il m'est arrivé de ressentir un certain malaise face à des choses qu'Holly avait faites ou dîtes. Mais le comportement à la limite de la schizophrénie de l'adolescente n'incite pas non plus à prendre partie pour une des deux femmes. Nous sommes donc les simples spectateurs de ce drame intimiste.
J'ai particulièrement été glacée par les descriptions de l'orphelinat où Tatiana a été adoptée. Ce sont surtout ces passages qui m'ont hantés longtemps après avoir achevé ma lecture.
Le cadre simple et familier d'un jour de Noël rend finalement encore plus angoissantes toutes ces situations tendues et étranges entre la mère et sa fille. Un décor aussi "banal" ne doit normalement pas être le cadre d'une telle tragédie.
La dernière page est une claque pour le lecteur. Tout devient limpide mais tout devient horrible. J'ai lu depuis que ce genre de conclusion était une des constantes de l'oeuvre de l'auteure.
 
Note pour ce livre : 18/20 => un grand moment de lecture, une lecture qui ne vous lâche pas une fois la dernière page refermée.
 
Un grand grand merci à l'équipe de Price Minister-Rakuten pour la découverte de cette auteure. J'ai en effet reçu ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2013 (#MRL2013).
 
Christian Bourgeois éditeur, 275 p., 2013.

5 commentaires:

  1. Je suis dedans... Je viendrai lire ton billet une fois ma lecture terminée. Bisous !

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    1. Visiblement, les avis sont très tranchés sur cette lecture... Mais je la conseille même il n'est pas très "légère".

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  3. Bon, nous n'avons pas du tout le même ressenti. Je me suis perdue dans ce livre, ennuyée même. Et si le dénouement offre une autre perspective, il n'enlève pas la lassitude que j'ai ressentie au fil des pages. :(

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    1. Je pense que ce genre de roman ne peut que polariser. J'en lirai un autre de cette auteure mais il n'est pas exclu que je déteste !

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