lundi 18 novembre 2013

"Petite poucette" de Michel Serres



Résumé : (4ème de couverture) Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l'oral à l'écrit, puis de l'écrit à l'imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s'accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.
De l'essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» - clin d'oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces. Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d'être et de connaître... Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d'une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique...
 
Avis : Il y a bien longtemps que je n'avais pas lu d'essai et c'est à la faveur d'un trajet en train que je me suis plongée dans cette lecture.
Pour le philosophe Michel Serres, les nouvelles technologies ont révolutionné nos sociétés occidentales et un nouveau modèle de vivre-ensemble reste à inventer. La génération née à partir de 2000 aura toujours connu Internet, le wifi, les téléphones portables, le téléchargement, Wikipédia, etc.
Quelle place donner aux relations interpersonnelles quand on passe plus de temps à dialoguer par écrans interposés qu'à discuter autour d'un café ? Quelle place donner à l'école quand ce que dit l'enseignant est à portée de tous en quelques clics sur la toile ?
C'est finalement le pouvoir qui se trouve également ébranlé. Chaque individu a désormais un espace pour exister et se faire entendre, bien au-delà des périodes électorales qui permettent de voter et donc d'exprimer un choix. L'essor des blogs en est l'exemple parfait (même si on peut aussi rajouter les chaînes Youtube, les comptes Instagram, Flickr...). L'auteur insiste sur le fait que nous sommes de plus en plus acteurs et que par là-même, il devient de plus en plus difficile de "subir". Il parle notamment du milieu professionnel.
Le chapitre sur le savoir et l'école m'a particulièrement fait réfléchir. En effet, on peut se demander quel est l'intérêt de maintenir une pédagogie frontale et descendante, où le prof dicte son savoir aux élèves. L'enseignant finalement ne fait "qu'oraliser de l'écrit" puisque tout ce qu'il dit est déjà présent dans les livres (ou sur le net, bien sûr !). Heureusement, la pédagogie a quand même fait de sérieux progrès et a intégré petit à petit travaux de groupes et autres dispositifs tans- et pluri-disciplinaires.
Là où par contre je ne suis pas d'accord avec Michel Serres, c'est qu'il part du postulat que chacun a accès au savoir et peut trouver l'information. C'est faux et ce pour deux raisons. Tout d'abord, il existe en France ce qu'on appelle la fracture numérique. Tout le monde n'a pas d'ordinateur ou d'abonnement Internet. Cette fracture a tendance à se réduire puisque Internet est désormais accessible depuis plusieurs types de supports : smartphones, tablettes, consoles de jeux, etc. Mais l'école a là un rôle à jouer en permettant à tous les élèves l'accès aux nouvelles technologies.
Deuxième point de désaccord : le philosophe part du principe que tout le monde est susceptible de trouver l'information. Mais tout le monde n'est pas susceptible d'être motivé ou d'avoir envie d'acquérir des connaissances. La curiosité intellectuelle n'est pas innée, elle dépend malheureusement souvent du milieu familial dans lequel on évolue. N'oublions pas que nous sommes à l'air de la téléréalité et autres vidéos de LOLcats, pas très enrichissant, vous en conviendrez...
Bref, une lecture qui même si elle n'apporte pas de réponse quant aux évolutions de la société de demain a le mérite d'ouvrir le débat et de poser la question.
 
Le Pommier, collection Manifestes, 82 p., 2012

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