lundi 10 février 2014

"Les évaporés" de Thomas B. Reverdy

 
 
Résumé : Yukiko a quitté son pays natal voilà 15 ans pour ne plus jamais y retourner. Mais quand Kaze, son père, disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace, elle n'hésite pas et saute dans le premier avion pour Kyoto. Elle part avec Richard, son ex-amant américain et détective privé, dans l'espoir de retrouver celui qui s'est évaporé.

Avis : Roman de la rentrée littéraire de septembre, j'en avais retardé la lecture suite à une présentation en librairie qui ne m'avait pas vraiment enthousiasmée. J'y suis finalement revenue quelques temps plus tard et je m'en félicite. J'ai du mal à résister à l'appel du Japon...
Si les premières pages m'ont laissée de marbre, une fois que Richard et Yukiko atterrissent à Kyoto, tout bascule. Nous voilà plongés en plein coeur de l'archipel nipponne post-Fukushima, avec son peuple qui essaie de de reconstruire, de faire comme si de rien n'était, de continuer à exister.
Le langage est très simple mais en même temps très poétique, ponctué par moments des haïkus de Richard. Les histoires et les personnages se côtoient et se mèlent subtilement jusqu'à la fin, douce-amère, qui m'a arraché une petite larme.
Chaque chapitre présente en alternance l'avancée d'un des quatre personnages principaux : Kaze, Akainu, Yukiko et Richard. On se surprend à vouloir découvrir ce que chacun est devenu les temps des chapitres consacrés aux autres. Et on se demande également quand, et comment, tout ce petit monde va pouvoir se croiser. Ou pas d'ailleurs, puisque je ne dirai rien du dénouement. 
Des chapitres "contemplatifs" ponctuent l'histoire, plus longs et au rythme plus lent. Un narrateur nous interpelle et nous fait visiter Kyoto ou bien encore les ruines entourant la centrale de Fukushima. A chaque fois, c'est un aperçu des us et coutumes japonais, des traditions, de la mentalité. Le mot qui survole le tout est pour moi "honneur" : faire honneur à sa famille, faire honneur à son pays, faire honneur à ces ancêtres. J'ai découvert à l'occasion de cette lecture le phénomène des johatsu, c'est-à-dire des personnes disparaissant volontairement, quittant complètement leur vie. Ce ne sont ni des fugueurs, ni des suicidés. Des gens qui s'en vont, un jour, laissant tout derrière eux et ne revenant jamais. Il y en aurait 100 000 par an, des jeunes et des moins jeunes. 
L'auteur a résidé au Japon et cela se sent. Il a une vision très juste de la mentalité japonaise si différente de la notre (je ne prétends pas être une spécialiste du pays du Soleil Levant, mais je me classe tout de même dans la catégorie des amateurs éclairés).
La description du Japon post-Fukushima est très réaliste et très documentée. Elle donne d'ailleurs froid dans le dos. Tous ces disparus... tous ces sacrifiés travaillant encore dans les décombres radiocatifs de la centrale... Tous ces réfugiés, ces déplacés... Certains passages font vraiment mal au coeur.
Une lecture très belle et très mélancolique en même temps que je recommande chaudement à tous les amoureux du Japon. Et à tous les autres aussi.
 
Flammarion, 299 p., 2013.

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