dimanche 30 mars 2014

"Le chien qui louche" d'Etienne Davodeau


Résumé : Fabien est gardien de salle au musée du Louvre. Il aime ce métier qu'il exerce depuis une quinzaine d'années. Quand Mathilde, sa moitiée, le présente à sa famille, notre homme se trouve bien embêté. D'abord parce que le clan Bénion est légèrement envahissant, mais ensuite parce ce qu'il se retrouve mandaté pour réaliser l'impossible : faire entrer dans le plus prestigieux musée du monde une croûte infâme - Le chien qui louche - réalisée par l'ancêtre de la famille. Voilà qu'en plus la mystérieuse confrérie de La République du Louvre s'intéresse de prêt à son cas.

Avis : J'ai découvert Etienne Davodeau avec Les mauvaises gens, qui a été primée à Angoulême. J'avais trouvé cette histoire très simple et très émouvante, celle du combat de militants syndicaux de ses parents.
Quand PriceMinister - Rakuten a ouvert aux bloggeurs son opération La BD fait son festival, c'est donc sans hésitation que j'ai choisi Le chien qui louche.
Nous voilà donc plongés dans les coulisses du musée du Louvre, puisque le personnage principal est Fabien, gardien de salle dans cette illustre monument du patrimoine français. Fabien se retrouve bien vite coincé entre une belle-famille envahissante / un peu beauf et le mystérieux Monsieur Balouchi, membre de la "République du Louvre".
Même si l'histoire du tableau ne m'a pas fascinée outre mesure, j'ai passé un agréable moment de lecture, en grande partie grâce au trait d'Etienne Davodeau que j'aime toujours autant. Que ce soit dans le découpage des planches, le choix du noir et blanc ou encore les traits des personnages, je trouve qu'un certain calme se dégage de l'ensemble (au contraire par exemple de la série Okko dont je compte parler dans le prochain billet).


Je regrette que l'aspect "Louvre vu des coulisses" ne soit pas assez exploité. Les intermèdes dans la salle de pause des gardiens ou devant le tableau des plannings sont trop courts alors que j'aurais vraiment apprécié d'en apprendre plus. A noter cependant, à la fin de l'ouvrage, 3 pages expliquent au lecteur comment se fait réellement le choix d'une oeuvre pour son entrée au musée. On se rend compte que le processus est long et implique tout un tas d'autorités (conservateurs, spécialistes divers et variés, etc).
Une lecture sympathique mais pas suffisamment documentée à mon goût. Je n'ai pas l'habitude d'attribuer des notes mais pour les besoins de l'opération La BD fait son Festival, je mets 13/20 à cette bande-dessinée.
 
Futuropolis : Louvre éditions, 2009, 135 p.

lundi 17 mars 2014

"No et moi" de Delphine de Vigan


Résumé : Lou Bertignac, jeune lycéenne surdouée et légèrement associale, a choisi de faire un exposé en cours de SES sur les femmes sans-abris. Elle arrive à convaincre Lou, jeune fille SDF rencontrée dans une gare, de l'aider. De rendez-vous en rendez-vous pour préparer son intervention, Lou et No vont apprendre à se connaître, s'apprivoiser, se faire confiance. Mais comment aider quelqu'un qui ne veut rien de vous ? Et comment faire confiance à quelqu'un qui vous tend la main quand on ne sait prendre que des coups ?
 
Avis : A la base, j'étais partie pour lire Rien ne s'oppose à la nuit pour découvrir l'oeuvre de Delphine de Vigan. A l'issu d'un "vide-bibliothèque" d'une collègue, c'est finalement sur celui-ci que je suis tombée.
Je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique qui en a été faite, du coup c'est sans véritable idée de ce qui m'attendais que j'ai plongé le nez dans No et moi.
Soyons clair, j'ai eu les larmes aux yeux une bonne partie du roman. Je suis certes bon public et j'étais particulièrement fatiguée mais ça donne aussi une idée des thèmes graves qui sont abordés : la rue, bien évidemment, les sans-abris et leur lutte quotidienne pour la survie qui peut les changer en bêtes féroces. La perte d'un enfant, l'amour filial, la dépression qui peut tout pourrir dans une famille. Bref, sous couvert d'un ton relativement léger, c'est assez lourd à digérer. Ne vous méprenez pas, j'ai vraiment beaucoup BEAUCOUP apprécié cette lecture. Le personnage de Lou Bertignac est vraiment attachant et son incapacité à prendre du recul lui permet de mettre souvent les pieds dans le plat, ce qui donne lieu à des situations cocasses. J'ai trouvé que c'était très bien écrit, dans un style très fluide, qui fait qu'on tourne les pages les unes après les autres sans s'en rendre compte. Par contre, ce n'est pas une lecture très gaie, ça c'est sûr... Je précise car parfois il y a des moments où on n'a pas forcément envie de lire de genre de récit.
La rencontre entre No et Lou va changer leurs vies à toutes les deux et faire grandir la jeune surdouée : "En même temps il m'avait semblé qu'elle connaissait quelque chose de la vie, ou plutôt qu'elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur".
C'est un livre qui fait réfléchir car pendant 248 pages, on est face à cette misère qui est finalement au bas de nos portes et qu'on ne remarque peut-être plus. Le prof de SES de Lou la traite d'utopiste mais c'est surtout qu'elle pose les questions qui font mal : "La dame du bar d'en face a recueilli le chien de Mouloud [SDF mort dans la rue]. Les chiens on peut les prendre chez soi, mais pas les SDF."
On a envie de croire que Lou va aider No a s'en sortir, on ne sait pas ce qui les attend toutes les deux, la tension va crescendo. On espère, avec Lou, même si elle chasse dans un coin de sa tête des scenari catastrophes. Je ne dirai rien sur la fin, qu'on voit finalement un peu venir grâce à quelques indices distillés dans le texte. Disons qu'elle ne m'a pas surprise.
J'ai beaucoup aimé les parents de Lou, surtout son père, qui a su garder la tête sur les épaules malgré un climat familial compliqué au possible. D'une façon générale, j'ai trouvé que les dialogues étaient très bien écrits.
Une lecture sensible, que je recommande chaudement. Attention simplement à ne pas se lancer dans ce livre si on a le moral dans les chaussettes.

Le livre de poche, 2011, 248 p.

dimanche 9 mars 2014

"La maîtresse de la mort" de Boris Akounine


Résumé : A cours de l'été 1900, une vague de suicides s'abat sur Moscou. Tout le monde s'interroge, d'autant plus qu'il semble qu'une société secrète d'adorateurs de la Mort soit derrière chacun de ces drames. Colombine, jeune prinvinciale fantasque et romantique, va tomber un peu malgré elle dans les filets de Prospéro, l'étrange maître de cérémonie de ce club redoutable. Eraste Petrovitch, de retour dans la capitale, va tout faire pour enrayer l'épidémie.
 
Avis : Je suis absolument fan de la série de Boris Akounine mettant en scène le personnage d'Eraste Petrovitch Fandorine, il sera donc difficile pour moi d'avoir un avis objectif sur cette lecture. Cet opus ne dérogeant pas aux autres, je l'ai dévoré.
Il s'agit en fait du roman miroir de L'amant de la mort, dyptique décrivant 2 enquêtes d'Eraste menées en parallèle. J'avais lu L'amant... il y a fort longtemps, du coup je ne m'en souvenais plus trop en attaquant celui-là, mais cela n'a pas nuit à ma lecture. Chaque livre peut se lire comme un tout, dans n'importe quel ordre d'ailleurs.
Fidèle à son habitude, ce n'est pas Eraste Petrovitch le personnage principal, mais Colombine, demoiselle fraîchement débarquée à Moscou de sa province d'Irkoutsk. La jeune fille est fantasque et bouillonnante et surtout, très sûre d'elle et de sa réussite. Elle a en fait rejoint Pétia, un jeune homme qui l'entraîne dans un club très particulier et très select, celui des Amants de la Mort. Il s'agit en fait d'un groupe d'une dizaine d'individus, de tous les âges et de toutes les classes sociales, se voulant poètes et surtout, désirant par-dessus tout mourir. Enfin plus précisément, être élu par la Mort pour la rejoindre. Subtil. En d'autres termes, ce sont des candidats au suicide. Au départ, j'ai eu la dérangeante impression d'être face à une tripotée d'hystériques (au sens psychiatrique du terme) mais Boris Akounine réussi le pari de les rendre tous plus intéressants les uns que les autres. Nous en apprenons un peu plus sur chacun et leurs motivations. Le club est "dirigé" par le charismatique mais néanmoins inquiétant Prospéro, qui se place en arbitre du bon goût et distribue ainsi les bons points de poète aux membres. Il se sert d'Ophélie, jeune fille aux talents de médium, pour communiquer avec les morts et ainsi désigner quel sera le prochain à mourir.
Fandorine s'inquiétant de la vague de suicide qui frappe la capitale Russe se décide à infiltrer le groupe. Mais il ne s'agit pas d'une intrigue policière classique puisqu'il faut un certain temps pour comprendre que quelque chose cloche dans le club (mis à part le fait qu'il fait l'apologie du suicide, of course). Je dirais que c'est à une bonne moitié de l'histoire, avec la montée en puissance d'Eraste, que l'aspect policier se développe vraiment.
L'histoire nous est racontée par trois canaux différents. Chaque chapitre est ainsi divisé en trois parties : des coupures de presse ; des extraits du journal de Colombine ; des extraits d'un dossier "Rapports confidentiels" écrits par un informateur secret ayant infiltré le club.
C'est très habile et surtout, cela permet de donner un rythme très soutenu à l'ensemble. Ainsi, on remarque bien la métamorphose de Colombine une fois qu'elle est passée du côté obscur de la force, c'est-à-dire une fois que Prospéro l'a prise sous son aile. Au début, je la trouvais un peu cruche mais elle gagne en profondeur à mesure qu'on tourne les pages. Et bien sûr, Massa, le valet japonais d'Eraste Petrovitch a une attitude toujours aussi savoureuse.
Pour appréhender correctement le personnage d'Eraste, il ets pour moi indispensable de commencer par le 1er tome de ses aventures : Azazel (également chez 10/18).
Les aventures russes d'Eraste Petrovitch sont certes finies (bouhou) mais son personnage apparaît à nouveau dans L'attrapeur de libellules (ô, joie).

10/18, Grands détectives, 2006, 345 p.