vendredi 23 mai 2014

"Julie & Julia" un film de Nora Ephron


Résumé : Julia Child, femme de diplomate américain, arrive à Paris pour y suivre son mari. La découverte de la cuisine française est pour elle une révélation. De cours de cuisine en rencontres décisives, elle se lance dans la rédaction d'un livre de recettes qui deviendra culte. New-York, de nos jours. Julie Powell s'ennuie dans son travail qui ne lui apporte que peu de satisfactions. Encouragée par son mari, elle se lance le défi de réaliser l'intégralité des recettes du célèbre livre de Julia Child.

Avis : Ayant raté ce film lors de sa sortie en 2009, j'avais très envie de le voir. Une ligne dans le carnet des suggestions de ma bibliothèque préférée et pouf ! Le voilà !
De Julia Child, je ne connaissais rien. J'ai découvert cette femme à travers ce film. Pour faire très court, c'est l'équivalent américaine de Maïté, le côté "Maïté" en moins. C'est-à-dire une figure incontournable de la télévision culinaire outre-Atlantique. Son livre, Mastering the Art of French Cooking, est un véritable best-seller aux US depuis une cinquantaine d'années et bénéficie de rééditions régulières.
 
Le film présente la genèse de l'ouvrage, alors que Julia arrive à Paris avec son mari diplomate. Le moment décisif pour elle a lieu lors de son premier repas en France : de la sole meunière. Dès lors, elle n'aura de cesse de percer les mystères de notre  gastronomie.
En parallèle, nous suivons Julie, fonctionnaire américaine qui occupe un poste fort peu joyeux et qui tourne un peu en rond dans sa vie. Pour se sortir du quotidien, elle se lance un défi : réaliser en 365 jours l'intégralité des 524 recettes du livre de Julia Child et raconter son expérience sur un blog.

Ce film est un petit bijou. Il rend joyeux et optimiste, fait sourire, donne envie de cuisiner et de recevoir des amis. On rit beaucoup ("Lobster killer ! Lobster Killer !"), on vibre avec Julie qui réalise des prouesses dans sa minuscule cuisine, on est transporté par la personnalité extravertie de Julia. Leurs conjoints respectifs sont de véritables piliers dans cette aventure.
Les performances des acteurs n'y sont bien évidemment pas pour rien. Les deux rôles-titres sont tenus par Meryl Streep (du grand art !) et Amy Adams. Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec notamment Stanley Tucci dans le rôle du mari de Julia.
Je ne compte pas lire le livre dont le scénario s'inspire. Il raconte donc l'histoire vraie de Julie Powell et de son aventure culinaire pour maîtriser l'art de la cuisine française. En revanche, je suis maintenant plus que tentée par l'autobiographie de Julia Child My life in France, dans laquelle elle raconte ses années en France qui ont tout changé pour elle.

Pour aller plus loin : un article très complet sur le site VanityFair.com qui date de la sortie du film et qui relate la rencontre de Julia Child et son mari (en anglais !).

Columbia Pictures, 2009. (écrit et réalisé par Nora Ephron).

lundi 19 mai 2014

"Neige" de Maxence Fermine




Résumé : Dans le Japon du XIXème siècle, Yuko ne désire pas suivre la tradition et devenir prêtre shintoïste comme son père. Contre l'avis de ce dernier, le jeune homme décide de s'adonner à sa passion, le haïku. Un poète de la cour l'enjoint à perfectionner son art auprès du vieux maïtre Soseki. Les deux hommes ne le savent pas encore, mais l'image d'une femme disparue va les lier. 

Avis : On m'a donné ce livre, je n'en avais jamais entendu parler avant. En lisant la quatrième de couverture et en feuilletant quelques pages, j'ai eu peur. Peur d'être devant un autre Soie (d'Alessandro Baricco) que je n'avais pas apprécié du tout. Mais alors pas du tout. J'en profite pour rendre hommage à ma mère qui avait eu la phrase la plus évidente pour en parler : "C'est une écriture qui s'écoute écrire". En gros, c'est pédant et artificiel. Autant dire que j'ai commencé cette lecture avec un peu d'appréhension, réconfortée à l'idée de le finir vite (environ 80 pages dont certaines ne contiennent que quelques lignes).

J'ai donc eu une bonne surprise, puisqu'il s'agit d'une histoire très poétique mais en même temps très simple dans le style et le choix des mots. Bien sûr, cette histoire de funambule européenne qui séduit un maître japonais touche à la fantaisie plus qu'autre chose mais le parallèle entre le Yuko et le vieux Soseki fonctionne bien. Les descriptions du Japon enneigé sont de toute beauté. Quelques haîkus ponctuent le texte. Ce n'est pas un genre de poésie qui me séduit particulièrement car c'est un peu trop concis / aride - oui je sais, c'est le but du haïku. Mais en introduction des chapitres, ils trouvent toute leur place. Ils sont authentiques puisque Maxence Fermine "remercie Maurice-Robert Coyaud pour la belle traductions des haïkus".
Un roman bref et poétique.

Points, 2001, 96 p.

dimanche 11 mai 2014

"Le passage du diable" d'Anne Fine


Résumé : Daniel Cunningham voit sa vie voler en éclat lorsqu'il est arraché à sa mère qui l'a maintenu enfermé depuis sa plus tendre enfance. Arguant d'une malédiction, cette dernière l'a isolé du reste du monde, ne lui laissant accès qu'à des livres et des jouets. Ainsi, lorsqu'il est recueilli par le docteur Marlow et sa famille, l'adolescent n'emporte avec lui que la maison de poupée de sa mère. Alors qu'il fait ses premiers pas dans le monde et qu'il crée des liens avec ses bienfaiteurs, il va mettre à jour des secrets terrifiants sur sa famille. Secrets liés à cette bien jolie maison de poupées.

Avis : Voilà un résumé et une couverture qui paraissaient bien prometteurs. J'avais l'impression d'être devant la tristement célèbre maison d'Amityville. Aussi me suis-je lancée dans cette lecture en oubliant quelque peu qu'il s'agissait d'un roman jeunesse.
On ne présente plus Anne Fine, dont les deux romans les plus célèbres sont Journal d'un chat assassin et Mrs Doubtfire. Une chose est sûre, son style est travaillé, les phrases bien tournées et bien construites ce qui fait que le lecteur se régale. J'avais déjà fait ce constat à la lecture du très bon La guerre sous mon toit.
En revanche, la déception fût grande concernant l'aspect fantastique de l'histoire. Je m'attendais à frissonner face à cette maison de poupée mystérieuse mais point du tout... Une scène seulement tranche avec la monotonie du reste, la visite du narrateur à sa mère lorsqu'elle est enfermée à l'hôpital. Sinon, rien de bien angoissant. Jusqu'au bout j'ai attendu quelque chose d'un peu "corsé", mais ce n'est jamais arrivé. Du coup, les rares passages censés faire frissonner apparaissent démesurés. Est-ce parce que c'est un roman jeunesse ? Je regrette que l'élément fantastique soit aussi peu présent, d'autant que tous les éléments sont réunis : oncle lunatique, maison de poupée, poupée ensorcelée, grand manoir perdu dans la fôret, etc. Du grand classique, mais de quoi être efficace quand même !
L'ensemble est plaisant à lire et j'ai été vraiment séduite par le narrateur et sa façon d'appréhender ce monde qui s'ouvre à lui. Ses rapports avec les autres personnages sont très bien décrits et j'ai préféré ces passages au reste de l'histoire.
Une lecture agréable donc, avec une narration intéressante, mais qui pèche par la sous-exploitation de son thème central.

L'école des Loisirs, collection Medium, 306 p., 2014

lundi 5 mai 2014

"H.P. Lovecraft : contre le monde, contre la vie" de Michel Houellebecq


Résumé : Miskatonic University, Arkham, Cthulhu... autant de noms familiers pour les amateurs de littérature fantastique. Mais qui se cache derrière leur création ? Qui est réellement Howard Phillips Lovecraft ? Michel Houellebecq, admirateur incontesté du maître de l'épouvante nous dresse ici un portrait en forme d'hommage, pour découvrir l'homme à l'origine d'une œuvre qui continue d'inspirer les plus grands maîtres de la littérature de l'imaginaire.

Avis : Voici un livre que tous ceux que l'univers de Lovecraft séduit se devraient de lire. Il ne s'agit pas d'une biographie à proprement parler mais plutôt d'une déclaration d'amour de Michel Houellebecq au créateur du mythe du Cthulhu.
Je ne suis pas une grande connaisseuse de l'univers de ce maître de l'horreur puisque mes lectures se limitent à The Lurker at the Threshold lu en VO il y a bien longtemps (et pas sûre d'avoir tout compris d'ailleurs) et Herbert West, reanimator lu l'année dernière et qui m'avait énormément plu. A cela s'ajoute quelques parties de jeux de rôle autour du mythe du Cthulhu (où j'ai terminé folle à chaque fois....).
Pas besoin de maîtriser la bibliographie de Lovecraft sur le bout des doigts pour se lancer dans cette lecture. Houellebecq nous entraîne à la découverte de l'homme, plus que de l'oeuvre, même si les deux sont bien évidemment indissociables. On découvre un personnage très sûr de ses valeurs anglo-saxonnes, arc-bouté sur des principes. Ainsi, il ne réclamera jamais d'argent, même à ses débiteurs, se considérant au-dessus de ces considérations matérielles et ce, même dans la misère. Mais aussi quelqu'un de fondamentalement raciste, rejetant l'autre, parlant de "masse grouillante informe" ou "négroïde" pour parler des émigrés. C'est un être solitaire, misanthrope, mais qui pourtant trouvera l'amour pour un temps, au point de se marier. Il est intéressant de noter que ses principaux écrits, ceux que Houellebecq qualifie de "grands textes", ne seront rédigés qu'après son divorce. Fondamentalement, pour Lovecraft, la vie telle qu'elle se présente n'apporte aucune joie, aucun soulagement d'où sa fuite dans l'imaginaire. Le quotidien le désarme et le répugne à la fois. Ainsi, l'amour (pour ne pas dire le sexe) et l'argent, ne sont jamais présents dans ses textes. Jamais. Autre point important : il n'y a pas de héros véritable dans ses écrits et de toute façon, il n'y aurait point de salut pour eux. Aucun échappatoire n'est possible face aux divinités anciennes et monstrueuses : "Elles étaient déjà là au Carbonifère, elles étaient déjà là au Trias et au Permien ; elles ont connu les vagissements du premier mammifère, elles connaîtront les hurlements d'agonie du dernier."
Lovecraft nourrira une correspondance soutenue tout au long de sa courte existence avec des auteurs en herbe lui demandant des conseils sur leurs textes. Il est source d'inspiration pour des générations successives d'écrivains de l'imaginaire. Et cette empreinte va même au-delà de la littérature, notamment sous forme d'emprunts directs : les jeux vidéos (Batman Arkham Knight), les jeux de rôle / de plateau ("Horreur à Arkham" et ses extensions), la musique (Iron Maiden et la pochette de l'album "Live after death") et j'en passe.
N'ayant jamais rien lu de Houellebecq, je ne saurais dire si le ton employé reflète le reste de son oeuvre mais en tout cas, j'aime sa plume ! Il a des prises de position bien radicales, surtout lorsqu'il évoque la fiction réaliste "Sur la réalité en général, nous savons déjà à quoi nous ne tenir ; et nous n'avons guère envie d'en apprendre davantage" et son style est très accessible.
A noter : l'introduction du livre est signée par Stephen King, lui-même fervent admirateur de l'auteur. Excusez du peu....
Une lecture que je recommande chaudement !


J'ai lu, 133 p., 2005.