mercredi 18 juin 2014

"Wormworld" de Daniel Lieske


Résumé : Jonas passe ses vacances d'été dans la ferme de sa grand-mère. A cause de ses mauvais résultats scolaires, son père l'oblige à travailler à l'intérieur des après-midi entiers. Pour tromper son ennui, le jeune garçon s'enferme au grenier pour dessiner des créatures fantastiques. Quand l'une d'elle prend vie et sort de la feuille, Jonas la suit jusque dans un mystérieux tableau. Coincé de l'autre côté de la toile sans moyen de revenir, il lui faudra découvrir ce monde enchanteur mais peuplé d'êtres très étranges.

Avis : Empoché tout à fait par hasard à la BM lors de mon dernier passage, cette BD / comics est une véritable pépite.
J'ai surtout été séduite pas ses graphismes tout simplement époustouflants. Daniel Lieske est graphiste et web-designer, il a travaillé plusieurs années dans le monde du jeu vidéo et cela transparaît sur ses planches. La lumière est particulièrement bien rendue et apporte de la profondeur aux dessins. L'auteur nous explique d'ailleurs qu'il s'inspire beaucoup de photographies pour être le plus près possible de la réalité.

 
Le travail des couleurs est lui aussi magnifique. Particularité qui m'a bien plue, aucune rigueur dans l'utilisation des planches. On passe de cases bien délimitées à des doubles pages sans que cela nuise à la lecture ou à l'histoire.
Cette dernière n'est pas révolutionnaire : un jeune garçon rentre dans un univers féérique grâce à un tableau. On sent que Michael Ende (L'histoire sans fin) n'est pas loin. Je pense d'ailleurs que cette BD peut parfaitement s'adresser à un public très jeune, du moins ce premier tome. J'avoue qu'entre 2 chapitres de It de Stephen King, c'est bien reposant...
 
En bonus, un artbook à la fin qui nous fait découvrir la génèse de la bande-dessinée. C'est un vrai plus car on passe un peu dans les coulisses, ce qui est toujours intéressant.
Une très bonne découverte dont j'attends la suite avec impatience (sortie du tome 2 prévue en septembre).


Delcourt, mars 2014,128 p.

mardi 17 juin 2014

"Death at la Fenice" de Donna Leon

 

Titre en français : Mort à La Fenice

 
Résumé : C'est la première de La Traviata au théâtre de La Fenice à Venise. Helmut Wellauer, le très renommé chef-d'orchestre, dirige la représentation. Mais à l'entracte, il est retrouvé mort dans sa loge, victime d'un empoisonnement au cyanure. Le commissaire Brunetti est chargé de l'enquête. Celle-ci savère difficile car d'une part, un nombre conséquent de gens ont eu accès à la loge et d'autre part, la personnalité de l'artiste se révèle plus obscure qu'il n'y paraît. Qui pouvait lui en vouloir et bien sûr, pourquoi ?
 
Avis : Je n'ai jamais regardé la série éponyme diffusée sur France 3, c'est donc sans idée de ce qui m'attendait que je me suis lancée dans cette lecture. Cela faisait un moment que je n'avais pas lu de roman policier et j'avoue que ce choix n'aurait pas pu mieux tomber pour me relancer sur ce genre. La trame est somme-toute classique : on cherche l'assassin du chef d'orchestre et cela ne donne pas lieu à des courses-poursuites effrenées en gondoles mais de longues conversations avec les différents suspects pour tenter de cerner leur psychologie. Classique, mais efficace. Car on tourne en rond avec Brunetti (dans le bon sens du terme !) qui interroge la femme de Wellauer, puis une diva puis à nouveau sa femme, etc. Les pages se tournent, on n'est pas très avancé et puis d'un coup, l'auteur nous donne un indice qui nous permet de tirer un fil et de démêler tout ça. Ce qui j'ai particulièrement apprécié, c'est que tout n'est pas noir ou blanc, les personnages apportent tous quelque chose.
Le commissaire Brunetti est en ce sens très travaillé. Il n'a rien d'un flic hors pair, il se retrouve en charge de l'affaire et doit composer avec sa hiérarchie et des coéquipiers pas toujours très efficaces. Aucune force physique employée ici, pas de passage à tabac de témoin récalcitrant, pas d'étalage de muscles mais un sens de la déduction et une obstination sans faille. Ses interactions avec sa famille en font un personnage abouti qu'on suit avec plaisir.
Venise occupe une place à part entière dans ce roman, Donna Leon nous entraînant dans ses ruelles, bien loin des clichés touristiques. La romancière a vécu dans cette ville et à la lecture de ses descriptions, c'est évident. La cité des Doges n'a rien de glamour, c'est une ville d'Italie mangée par les eaux, aux prises avec le froid hivernal et le brouillard, la puanteur ramenée des zones industrielles environnantes. Le carnaval et les pigeons de la place Saint Marc sont inexistants. 
De nombreuses références à la culture italienne jalonnent le texte, notamment sur la façon dont les gens intéragissent entre eux (ce qu'on peut dire ou pas) mais aussi dans leurs rapports avec l'autorité (généralisation du pot de vin par exemple).
Une chose, certes anecdotique, mais qui m'a frappée : tous les personnages boivent comme des trous ! Certes, de bons vins italiens mais aussi du whisky, de la grappa, du brandy, etc. Ce n'est pas un ou deux verres qu'ils s'enfilent mais quasiment la bouteille à chaque scène de repas / apéritif. Du coup, je me demande maintenant si c'est culturel en Italie de boire autant...
En bref, une intrigue policière bien ficelée et un commissaire Brunetti des plus réalistes dans un environnement envoûtant.
Harper Torch Mystery, 278 p., 2001.

mercredi 4 juin 2014

"Arachnae, L'Archipel des Numinées" de Charlotte Bousquet


Résumé :
 
Avis : J'ai commencé ce livre pleine d'entrain il y a environ 2 mois et puis à la lecture de certains passages, tout est retombé. Pour reprendre par la suite. C'est la première fois que je lis de la dark fantasy donc je n'ai aucun point de comparaison mais plus que dark, je dirais hard.... J'ai vraiment, mais alors vraiment eu du mal par moment. Allons droit au but (surtout qu'en le faisant je ne divulgue rien de l'intrigue principale) : il y a un très long passage au milieu du roman qui se concentre sur la recherche d'un pédophile / cannibale / tortionnaire. Nous avons donc droit à la description de cadavres (au pluriel) d'enfants, abusés sexuellement et complètement déchiquetés. Si seulement ça s'arrêtait là... et bien non ! Pour certains, nous assistons en partie à leur supplice, voire même, nous sommes dans leurs têtes une fois qu'ils sont captifs. Traitez-moi de petite nature si ça vous chante mais j'ai reposé mon livre. Je n'avais pas envie de lire ça à ce moment-là, d'où une pause plutôt longue dans ma lecture. C'est la seule chose que je reproche à ce livre, mais je ne pouvais pas ne pas le dire. C'est plus un constat qu'un reproche d'ailleurs.
Ceci étant dit, l'univers créé par Charlotte Bousquet attrape le lecteur pour ne plus le lâcher. La cité d'Arachnae pourrait être un personnage à elle toute seule tant elle est unique et mouvante. On passe du château du prince aux bas-fonds dignes de la cour des miracles avec de très belles descriptions particulièrement visuelles. J'apprécie vraiment quand un auteur se donne la peine de poser un cadre très travaillé et ici c'est le cas.
Beaucoup de personnages se juxtaposent, ce qui peut parfois prêter à confusion : Tigran, Fausta, Ornella, Valia, Theodora, Leandrina, Alessio, Julia, Othellia, Pietro, Lorenzo, Dario etc. Theodora est présentée comme l'héroine du roman mais d'autres sont tellement importants que je serais bien en peine de dire qui finalement apporte le plus à l'histoire. Une chose est sûre, tous sont très aboutis. Pas de faire-valoir, ici chacun a un rôle, même infime, qui contribue à faire progresser l'intrigue.
Les trois Moires, conseillères du prince, apportent une touche spirituelle originale et leurs intrigues politiques étoffent un peu plus la trame principale. Et côté intrigue, nous sommes servis : ça complote à tous les étages, ce qui est très intéressant à lire puisque que nous avons le point de vue de plusieurs personnages sur un même "affaire". Une vraie toile d'araignée, donc.
Le style de Charlotte Bousquet est également très travaillé ce qui lui permet d'aspirer le lecteur dans son univers si particulier. Vocabulaire, tournures de phrases, on sent que l'auteur y a passé du temps et a cherché à être au plus près de son histoire. J'adhère ! Elle écrit aussi beaucoup pour la jeunesse http://www.charlottebousquet.com/Accueil.html 
En bref, un roman exigeant, à ne pas mettre entre toutes les mains mais qui ravira les amateurs de fantasy sombre et d'univers très bien construits.
NB : je tire mon chapeau aux éditions Mnemos pour leur collection Hélios. Ce titre ne déroge pas au reste : format original et très belle couverture.

Mnémos, collection Hélios, 345 p., 2013.