mercredi 20 août 2014

"Le dernier évènement" de Yoo Eunsil


Résumé : Comme tous les ans depuis plusieurs années, le grand-père de Yongouk annonce qu'il va mourir. Il demande donc à son petit-fils de faire venir sa famille auprès de lui pour un dernier adieu. Mais comme il a trop crié au loup, personne ne prend au sérieux cet appel. Quand l'inévitable finit pourtant par se produire , tous les proches de Papi sont là pour procéder aux rites funéraires et se rappeler la vie du défunt. Yongouk, qui était très proche du vieil homme, découvre à cette occasion quelques secrets de famille et va vivre les 24h les plus intenses de sa vie.

Avis : Cette lecture n'avait pas très bien commencé en ce qui me concerne... Le pauvre papi que tout le monde ignore et son petit fils Yongouk que tout le monde traite comme un moins que rien... Je me disais que j'étais face à une histoire peu réjouissante. J'ai pourtant bien fait de m'accrocher car j'ai passé un très bon moment.
Le thème n'est pourtant pas très joyeux - la mort d'un aïeul et ses conséquences - mais nous voilà face à une famille qui se retrouve, voir se découvre autour de cet "évènement". Chacun a une personnalité bien affirmée ce qui donne lieu à quelques échanges cocasses. Mention spéciale à la découverte de la tenue choisie par le grand-père ! Attention passage culte ! Traitée avec légereté mais néanmoins avec pudeur, la perte d'un grand-parent est le thème central de ce roman que nous lisons à travers les yeux de Yongouk, petit-fils dévoué. Un lien particulier l'unissait avec son grand-père et ils ont toujours été très proches. D'abord parce qu'ils partageaient la même petite chambre, mais ensuite parce qu'ils partageaient nombre de petits secrets de leur existence. J'ai été touchée par la banalité mais finalement la profondeur des petits riens de la vie qui les liaient. Yongouk découvre que son grand-père qu'il chérit n'était pas un père exemplaire et qu'il a beaucoup fait souffrir sa femme et ses enfants. La question du pardon est abordée, même si Yongouk se demande pourquoi les mots gentils pour son grand-père arrivent après sa mort. Moralité : ne pas attendre que les gens ne soient plus là pour leur dire qu'on les aime et qu'on les apprécie. J'ai été particulièrement émue par cette histoire car j'ai eu la chance d'avoir des grands-parents absolument formidables et maintenant qu'ils ne sont plus là, je pense encore à eux très souvent. Je comprends tout à fait l'attachement réciproque du vieil homme et de son petit-fils.
C'est aussi l'occasion de découvrir les rites funéraires en Corée, bien loin des nôtres : le défunt choisi une tenue de son vivant pour partir dans l'au-delà, on fait des offrandes de nourriture devant son portrait, les visiteurs défilent pour lui rendre un dernier hommage et déposent de l'argent dans une urne, on leur offre un vrai festin... Sans parler de la place des personnes âgées qui n'est pas la même d'une civilisation à l'autre. En Asie, il est généralement de coutume de prendre avec soi ses parents. Plusieurs générations vivent donc sous le même toît avec ce que cela implique dans l'organisation du quotidien.
Une note de l'auteur à la fin de l'ouvrage vient éclairer la morale du texte (extrait) : "Même si nous n'avons pas tous mené une vie exemplaire, je souhaiterais que nous soyons tous acceptés par les nôtres au moment de notre mort. Je voudrais que chacun puisse comprendre, tel Yongouk qui a si bon coeur, à quel point il est dur ne pas être aimé".
Une lecture émouvante sur la famille et le deuil que je recommande chaudement.

L'école des loisirs, mars 2014, 173 p.

jeudi 14 août 2014

"Upside Down" un film de Juan Solanas

Avec : Kirsten Dunst (Eden), Jim Sturgess (Adam), Timothy Spall (Bob Boruchowitz), Blu Mankuma (Albert).

Résumé : Adam et Eden se rencontrent par hasard alors qu'ils sont enfants. Une amitié les lie puis à l'adolescence, les deux jeunes gens tombent amoureux. Mais Adam et Eden appartiennent chacun à un monde où la gravité s'oppose à celle l'autre. Ils ne pourront donc jamais se toucher : le ciel de l'un est le sol de l'autre. Un jour, ils bravent l'interdit pour se retrouver, ce qui aura des conséquences catastrophiques pour tous les deux.

Avis : J'ai vu la bande-annonce de ce film une fois ou deux alors que j'allais en voir un autre. Comme mes sorties dans les salles obscures sont plus que rares, je dois faire des choix et même si Upside Down avait l'air intéressant, je ne suis pas allée le voir. Je me suis donc rattrapée avec le DVD emprunté dans ma médiathèque préférée (je donne dans le "é").
Une seul regret : ne pas être allée le voir au cinéma tant les effets visuels et la photographie sont époustouflants. Je fais partie de ces happy few qui n'ont pas un écran plat géant, du coup ça n'a pas été spectaculaire. Mais sans ça, je pense que j'en aurais vraiment pris plein les yeux.
Le directeur de la photographie (Pierre Gill) a fait un travail remarquable et on sent que chaque image a été reprise à l'aide de filtres.
L'histoire est somme toute classique - une histoire d'amour contrarié - mais elle a une vraie dimension poétique digne d'un conte de fée (oui, j'ai un petit coeur qui bat).
Les deux acteurs principaux sont irréprochables (Jim Sturgess et Kirsten Dunst), sans parler des acteurs secondaires qui apportent une touche de comique ou de tragique au film.
Les deux mondes sont visuellement très travaillés et opposés, au niveau de décors, des couleurs, des vêtements des gens, etc. Il ne s'agit pas d'une dystopie puisqu'on n'est pas sur Terre mais dans un autre système solaire ; on retrouve quand même des éléments de ce genre que j'apprécie volontiers en livre. Les échanges la tête en bas nécessitent quelques scènes pour s'habituer mais c'est une très bonne trouvaille. La scène où Adam doit aller aux toilettes illustre bien toute l'absurdité de sa situation.
S'il n'y avait qu'une morale, ce serait : sauvons les abeilles, elles nous sauverons. Ceux qui ont vu / verront le film comprendront. :)
Aucune hésitation à avoir : s'il vous passe entre les mains, jetez-vous sur ce DVD !


Warner Bros Vidéo, 105 min, 2013.



samedi 9 août 2014

"La vie sexuelle des super-héros" de Marco Mancassola



Résumé : Je vous mets la 4ème de couverture car elle ne reflète pas la réalité du livre 
À New York, au début du vingt et unième siècle, les super-héros sont fatigués : Superman, Batman et les autres ont raccroché les gants. Ils sont devenus des hommes et des femmes d'affaires à succès, des vedettes des médias et du spectacle. Dès lors, qui peut bien vouloir les éliminer ? Car après Robin, l'ancien amant de Batman, Mister Fantastic et Mystique reçoivent des lettres de menace et semblent visés dans leur vie sexuelle.
Le détective Dennis De Villa mène l'enquête, tandis que son frère Bruce, journaliste, couvre les événements...
MON résumé : A New-York, des super-héros vieillissants reçoivent des lettres simplement marquées "Adieu cher(e) XXX". Aucun ne prend au sérieux ces avertissements mais s'interroge néanmoins sur sa vie et son parcours. Mister Fantastic, l'homme caoutchouc, qui a pourtant été toute sa vie d'une rigueur et d'une discrétion exemplaire tombe sous le charme d'une jeune femme 30 ans plus jeune. Bruce Wayne, égocentrique et égocentré, reçoit une jeune fille pour une partie de jambe en l'air. Mystique, vedette de télévision, s'interroge sur sa condition qui crée une barrière entre elle et les autres jusqu'au moment où elle va pourtant laisser quelqu'un s'approcher.

Avis : J'avais repéré ce livre et finalement il m'a été offert par une amie. Comme annoncé plus haut, la 4ème de couverture induit en erreur. On a l'impression d'être face à un roman policier alors que pas du tout. Mais alors pas du tout. Je ne sais pas trop dans quelle catégorie caser ce livre. Il n'est ni fantastique, ni policier donc. Ni philosophique, ni érotique, ni, ni, ni. Ce n'est pas grave en soi de ne pas pouvoir le classer mais c'est surtout que j'ai du mal à comprendre l'intérêt de ce livre. Oui, je suis rude. A part peut-être choquer les fans de super-héros en rendant ces derniers normaux et "humains". J'avoue m'être insurgée à la lecture du chapitre sur Batman. C'est LE super-héros que j'aime, même si n'a pas de super pouvoirs. Je suis désolée mais non, Batman n'a pas d'aventure avec Robin. C'est non. A la rigueur, il vit une histoire contrariée avec Selina Kyle, alias Catwoman, mais c'est tout ! Pas la peine de chercher des sous-entendus, il n'y en a pas. Et je ne vous parle pas de sa fin tragique imaginée par Marco Mancassola, elle est abjecte et graveleuse. J'en frissonne encore. (Je ne spoile pas car on apprend dès le départ qu'il a été assassiné.)
On est face à trois anciens super-héros (Mister Fantastic, Batman et Mystique) aux vies et aux moeurs bien différentes. Tout ce que les gens et le public retiendront, c'est donc leur vie sexuelle. Pour Bruce Wayne, elle tient une place prépondérante puisqu'il enchaîne les rencontres d'un soir, pour Mystique elle est pourtant inexistante et pour Mister Fantastic, elle n'a rien d'extraordinaire (quoi que). Est-ce un pamphlet pour dénoncer que le sexe fait tourner le monde ? Aucune idée.
Quant aux deux frères De Villa, malgré leur présence au résumé, leurs personnages sont inexistants jusqu'au milieu du roman. Quelques réflexions sur la différence sont cependant bien trouvées mais c'est bien tout. On lit au dos que ce roman est jubilatoire, j'ai bien du mal à voir en quoi. Bref, grosse déception.
J'ai hâte de tomber sur un livre réjouissant et qui me plaît car là j'enchaîne un peu les lectures à côté de la plaque...



Folio, 2013, 593 p.

samedi 2 août 2014

"Dolto, l'art d'être parents" d'Elisabeth Brami et Patrick Delaroche



Résumé : Plaidoyer en faveur des thèses de Françoise Dolto, voici un ouvrage qui s'attache à redorer le blason de la plus célèbre défenseuse de la cause des enfants. De plus en plus critiquée, Françoise Dolto aurait perdu de son aura en France. Elisabeth Brami et Patrick Delaroche (respectivement pschologue clinicienne et pédopsychiatre) veulent rétablir certaines vérités sur les théories développées par la psychanalyste. Découpé en 10 chapitres, les auteurs survolent rapidement les points qu'elle a particulièrement développés au cours de sa longue carrière pour qu'ils soient interprétés correctement : la personne de l'enfant, comment on écoute un enfant, parler à l'enfant, le mythe de l'enfant-roi, l'autorité, de l'erreur au sadisme, la loi et l'école, l'autonomie, "l'enfantement social".

Avis : Ce livre est arrivé entre mes mains assorti d'une jolie dédicace de la part d'Elisabeth Brami, auteure jeunesse prolifique que j'apprécie énormément. J'ignorais qu'elle était psychologue et disciple de Françoise Dolto. Ce livre est une défense farouche de ses thèses, car visiblement, elle est attaquée de toute part, par ses pairs et dans les médias. Ses théories sont remises en cause ainsi que son modèle éducatif.
Autant être claire dès le départ, je n'ai rien lu de Françoise Dolto et je ne suis pas du tout sensibilisée à son discours. J'ai mis un point d'honneur avant, pendant et après ma grossesse à ne rien lire sur l'éducation pour ne pas m'embarrasser d'idées. Chaque enfant est unique et chaque parent aussi. Même si des évidences universelles en matière d'éducation existent, chacun fait quand même ce qu'il peut.
Du coup, je suis passée à côté de cette lecture, le message ne m'a pas touchée 1. parce que comme dit plus tôt, je ne connais pas la pensée de Françoise Dolto 2. j'ai aussi eu un peu de mal avec certaines idées développées dans cet ouvrage.
Les auteurs rappellent bien qu'il ne faut pas interpréter au pied de la lettre les discours de la psychanalyste et c'est plus un esprit d'éducation qu'il faut respecter. Mais bon, lire par exemple qu'il ne faut pas dire "papa" ou "maman" en parlant de l'autre parent mais "ton papa" ou "ta maman", moi ça me fait un peu rire. C'est sans doute anecdotique mais plusieurs exemples similaires parsèment le livre.
Dans les grandes lignes, on comprend que Françoise Dolto a révolutionné la pédo-psychiatrie et a sans doute sauvé la mise à de nombreux parents. Je n'en doute pas, d'autant plus qu'avant elle, en gros, les enfants n'étaient pas spécialement considérés comme dignes d'attention. Maintenant, je pense que cette lecture qui vise avant tout à défendre les thèse de F. Dolto s'adresse à des personnes connaissant ses écrits ou à des parents intéressés par des lectures sur le développement de l'enfant. Ce qui n'est pas mon cas, ni pour l'un, ni pour l'autre (sauf en ce qui concerne les neurosciences !). Oui, mère indigne. Parfaitement. J'assume.



Albin Michel, mars 2014, 212 p.

mardi 22 juillet 2014

"ça" de Stephen King


Résumé : Vous n'aimez pas les clowns ? Vous avez bien raison ! A Derry, petite ville du Maine, des disparitions d'enfants ont lieu par dizaines. Parfois, on retrouve leur cadavres et souvent, ils sont mutilés. Un clown étrange les aborde, avec des ballons de toutes les couleurs. Bill vient de perdre tragiquement son petit frère et se trouve confronté à des évènements angoissants et inexpliqués. Au cours de l'été 1958, il réalise qu'il n'est pas le seul à voir des choses horribles. D'autres gamins sont eux aussi face à une terreur sans nom. Pour venger Georgie ainsi que pour tous les autres disparus, sept enfants vont se lier et se battre contre Ca. Ca, le mal absolu, protéiforme, qui a élu domicile à Derry et qui ne compte pas s'en laisser chasser.

Avis : Roman culte s'il en est , je me suis attaquée à ce double pavé frissonnante par avance. J'avais notamment en tête quelques images tirées du téléfilm du début des années 90. Si quelques moments de terreur m'ont fait renoncer à me lever une nuit pour boire, je suis globalement déçue de ma lecture.
Divisé en deux tomes, très TRES longs (750 et 630 pages respectivement), Stephen King utilise un procédé narratif particulièrement habile pour nous entraîner à la suite de la bande des sept gamins. Nous suivons en effet leurs aventures, à la fois en 1958 lorsqu'ils ont 11 - 12 ans et en 1985, une fois adultes quand ils reviennent à Derry. Le parallèle entre les deux époques est plus qu'évident. Dans le deuxième tome notamment, il arrive qu'un chapitre commence en 1958 et se termine en 1985. On veut évidemment savoir ce qui est arrivé à chacun (première rencontre avec Ca) et comment ils l'ont repoussé une première fois. Mais on attend également avec impatience la confrontation ultime en 1985.
Là où j'ai bien accroché au 1er tome (malgré des longueurs), le tome 2 m'a ennuyée. Je l'ai lu uniquement pour savoir qui allait mourir et comment - quelle justification horrible ;) ! L'explication cosmogonique sur le pourquoi du comment de Ca m'a laissée perplexe et la manie de Stephen King de rentrer dans des détails à n'en plus finir sur un personnage secondaire qui va mourir 2 pages plus loin ont freiné mon enthousiasme.
Cependant, je conçois tout à fait que ce roman soit une oeuvre majeure et qu'il ait parlé à des générations successives. Son atout numéro un : rapeller que l'enfance est un moment magique, où tout est possible du moment qu'on y croit (le pire comme le meilleur). Bien évidemment, une touche de morale pointe son nez : à plusieurs on est plus forts, l'amitié et l'amour sauveront le monde, même le dernier des losers a quelque chose à apporter... Mais celà est distillé subtilement tout au long du texte. Il s'agit d'un roman d'initiation, où sept enfants vont basculer dans l'âge adulte, perdre leurs illusions sur l'enfance et sur leurs parents. Quelques passages très durs montrent des adultes de Derry laissant des enfants se faire tabasser et / ou enlever sans lever le petit doigt.
Concernant l'horreur, on est bien servi dans la première partie : décapitation, démembrement et autres arrachages de membres en tout genre, cadavres à moitié mangés, etc. Bref, du gore, sachant que le clown maléfique s'attaque en priorité aux enfants. Mention spéciale au petit de 2 ans 1/2 retrouvé explosé dans ses toilettes par sa mère... Vous voilà prévenus.
Quelques passages m'ont sincèrement fait dresser les cheveux sur la tête. Je pense notamment à celui où Stan entre dans le château d'eau ou encore quand Georgie imagine ce qui l'attend dans sa cave avant d'y descendre. C'est là où Stephen King est très fort : il arrive à faire ressurgir chez les adultes des peurs qu'ils pensaient bien enfouies. C'est le cas pour moi : j'ai longtemps eu peur du noir et aller seule à la cave était un vrai cauchemar. Du coup, ça m'a rappelé certains épisodes pénibles de mon enfance.
Mais globalement, ce roman est beaucoup trop long. Les passages de terreur se noient dans le reste. Je suis contente de l'avoir lu mais cette lecture ne m'a enthousiasmée outre mesure. On m'a chaudement recommandé The Shining, à voir....
Note sur l'édition : j'aime beaucoup cette couverture pour une édition récente, toute en sobriété. On remarque la taille du nom de l'auteur : on voit tout de suite que le seul nom de Stephen King fait vendre... Le titre apparaît à peine !




Le livre de poche, 799 p. + 638 p., 2013.

mardi 17 juin 2014

"Wormworld" de Daniel Lieske


Résumé : Jonas passe ses vacances d'été dans la ferme de sa grand-mère. A cause de ses mauvais résultats scolaires, son père l'oblige à travailler à l'intérieur des après-midi entiers. Pour tromper son ennui, le jeune garçon s'enferme au grenier pour dessiner des créatures fantastiques. Quand l'une d'elle prend vie et sort de la feuille, Jonas la suit jusque dans un mystérieux tableau. Coincé de l'autre côté de la toile sans moyen de revenir, il lui faudra découvrir ce monde enchanteur mais peuplé d'êtres très étranges.

Avis : Empoché tout à fait par hasard à la BM lors de mon dernier passage, cette BD / comics est une véritable pépite.
J'ai surtout été séduite pas ses graphismes tout simplement époustouflants. Daniel Lieske est graphiste et web-designer, il a travaillé plusieurs années dans le monde du jeu vidéo et cela transparaît sur ses planches. La lumière est particulièrement bien rendue et apporte de la profondeur aux dessins. L'auteur nous explique d'ailleurs qu'il s'inspire beaucoup de photographies pour être le plus près possible de la réalité.

 
Le travail des couleurs est lui aussi magnifique. Particularité qui m'a bien plue, aucune rigueur dans l'utilisation des planches. On passe de cases bien délimitées à des doubles pages sans que cela nuise à la lecture ou à l'histoire.
Cette dernière n'est pas révolutionnaire : un jeune garçon rentre dans un univers féérique grâce à un tableau. On sent que Michael Ende (L'histoire sans fin) n'est pas loin. Je pense d'ailleurs que cette BD peut parfaitement s'adresser à un public très jeune, du moins ce premier tome. J'avoue qu'entre 2 chapitres de It de Stephen King, c'est bien reposant...
 
En bonus, un artbook à la fin qui nous fait découvrir la génèse de la bande-dessinée. C'est un vrai plus car on passe un peu dans les coulisses, ce qui est toujours intéressant.
Une très bonne découverte dont j'attends la suite avec impatience (sortie du tome 2 prévue en septembre).


Delcourt, mars 2014,128 p.

"Death at la Fenice" de Donna Leon

 

Titre en français : Mort à La Fenice

 
Résumé : C'est la première de La Traviata au théâtre de La Fenice à Venise. Helmut Wellauer, le très renommé chef-d'orchestre, dirige la représentation. Mais à l'entracte, il est retrouvé mort dans sa loge, victime d'un empoisonnement au cyanure. Le commissaire Brunetti est chargé de l'enquête. Celle-ci savère difficile car d'une part, un nombre conséquent de gens ont eu accès à la loge et d'autre part, la personnalité de l'artiste se révèle plus obscure qu'il n'y paraît. Qui pouvait lui en vouloir et bien sûr, pourquoi ?
 
Avis : Je n'ai jamais regardé la série éponyme diffusée sur France 3, c'est donc sans idée de ce qui m'attendait que je me suis lancée dans cette lecture. Cela faisait un moment que je n'avais pas lu de roman policier et j'avoue que ce choix n'aurait pas pu mieux tomber pour me relancer sur ce genre. La trame est somme-toute classique : on cherche l'assassin du chef d'orchestre et cela ne donne pas lieu à des courses-poursuites effrenées en gondoles mais de longues conversations avec les différents suspects pour tenter de cerner leur psychologie. Classique, mais efficace. Car on tourne en rond avec Brunetti (dans le bon sens du terme !) qui interroge la femme de Wellauer, puis une diva puis à nouveau sa femme, etc. Les pages se tournent, on n'est pas très avancé et puis d'un coup, l'auteur nous donne un indice qui nous permet de tirer un fil et de démêler tout ça. Ce qui j'ai particulièrement apprécié, c'est que tout n'est pas noir ou blanc, les personnages apportent tous quelque chose.
Le commissaire Brunetti est en ce sens très travaillé. Il n'a rien d'un flic hors pair, il se retrouve en charge de l'affaire et doit composer avec sa hiérarchie et des coéquipiers pas toujours très efficaces. Aucune force physique employée ici, pas de passage à tabac de témoin récalcitrant, pas d'étalage de muscles mais un sens de la déduction et une obstination sans faille. Ses interactions avec sa famille en font un personnage abouti qu'on suit avec plaisir.
Venise occupe une place à part entière dans ce roman, Donna Leon nous entraînant dans ses ruelles, bien loin des clichés touristiques. La romancière a vécu dans cette ville et à la lecture de ses descriptions, c'est évident. La cité des Doges n'a rien de glamour, c'est une ville d'Italie mangée par les eaux, aux prises avec le froid hivernal et le brouillard, la puanteur ramenée des zones industrielles environnantes. Le carnaval et les pigeons de la place Saint Marc sont inexistants. 
De nombreuses références à la culture italienne jalonnent le texte, notamment sur la façon dont les gens intéragissent entre eux (ce qu'on peut dire ou pas) mais aussi dans leurs rapports avec l'autorité (généralisation du pot de vin par exemple).
Une chose, certes anecdotique, mais qui m'a frappée : tous les personnages boivent comme des trous ! Certes, de bons vins italiens mais aussi du whisky, de la grappa, du brandy, etc. Ce n'est pas un ou deux verres qu'ils s'enfilent mais quasiment la bouteille à chaque scène de repas / apéritif. Du coup, je me demande maintenant si c'est culturel en Italie de boire autant...
En bref, une intrigue policière bien ficelée et un commissaire Brunetti des plus réalistes dans un environnement envoûtant.
Harper Torch Mystery, 278 p., 2001.